26.03.2007
Prix des lecteurs. Un bon dieu pour les ivrognes (3/3)
On n’était pas arrivé à Chartres que celui avec des moustaches et une sirène toute nue tatouée sur l’avant-bras m’a roté en pleine poire avec une voie rauque :
- Hé, toi, l’intello, bois une tasse avec nous !
J’ai répondu non, je vous remercie beaucoup, monsieur, mais je n’aime pas la bière. Ça me donne des renvois.
Il a aboyé comme un doberman :
- M’appelle pas monsieur, appelle-moi l’Ancien !
Puis il a froncé les sourcils en prenant un air menaçant :
- T’as peut-être quelque chose contre la Marine, la bleusaille ?
J’ai bafouillé non, non, pas du tout, monsieur l’Ancien, au contraire, que j’espérais bien y aller plus tard quand viendrait mon tour, et c’est ainsi que je me suis retrouvé avec une canette de bière et une gauloise sans filtre entre les mains. On a trinqué. Entre hommes.
C’était pas bon, Dieu du Ciel, c’était tiède.
- Hé, Nanard, écoute-moi ce branleur ! Il veut déjà s’engager dans la Royale.
Nanard, c’était le petit gros au crâne rasé assis juste en face. Lui aussi portait le tatouage d’une sirène à poil mais avec des seins plus petits et moins jolis.
- On va fêter ça, a-t-il ricané. On va lui saouler la gueule au branleur ! Tiens, avales-en une autre. A la tienne.
Primo, j’étais pas un branleur, ça me ferait bien mal, deuzio la Marine, si c’est comme la pension,…
(Extrait d'Un bon dieu pour les ivrognes d'Hervé Bellec)
12:00 Ecrit par Prix des lecteurs dans Extraits, Hervé Bellec, Littérature, Un bon Dieu pour les ivrognes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hervé Bellec, Prix des lecteurs du Télégramme, livre















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