31.03.2007

Prix des lecteurs. Le marchand de passé (2/3)

Ces dernières semaines, c’est elle qui a été la bande-son du crépuscule. Je connais les paroles par cœur.

            Rien ne passe, rien n’expire
            Le passé est
            Un fleuve qui dort
            Et la mémoire un mensonge
            Aux mille formes.

            Dorment les eaux du fleuve
            Et en mon sein dorment les jours
            Dorment
            Dorment les blessures
            Les agonies,
            Dorment.

            Rien ne passe, rien n’expire
            Le passé est
            Un fleuve endormi
            Il semble mort, c’est à peine s’il respire
            Réveillez-le, et il bondira
            Dans un grand cri.

medium_marchand_de_passes.3.jpgFélix a attendu que s’éteignent, en même temps que la lumière, les dernières notes du piano. Ensuite, presque sans faire de bruit, il a tourné l’un des canapés de façon à se trouver face à la fenêtre. Enfin il s’est assis. Il a allongé ses jambes avec un soupir :
- Popilas ! Bon sang ! Alors, Votre Bassesse rit ? C’est une nouvelle extraordinaire…
Il m’a semblé abattu. Il a approché son visage et j’ai vu ses pupilles injectées de sang. Son souffle m’a enveloppé. Une chaleur aigre.

(Extrait de Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa)

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