31.03.2007

Prix des lecteurs. Dominic Cooper, la poésie des Highlands

C’est en Ecosse, dans les Highlands exactement, que Dominic Cooper a trouvé refuge. Là, à l’écart de tout, il peut se consacrer à ses deux passions : l’horlogerie et la poésie.

 

Dominic Cooper est un homme discret : on chercherait en vain, sur internet, des informations développées à son sujet. Tout juste apprend-on, en quelques lignes, qu’il est né en 1944 en Angleterre, qu’il vit dans la région d’Argyll, qu’il est l’auteur de quatre romans et que, pour le premier d’entre eux, « The dead of winter » (« Le coeur de l’hiver »), paru en 1975, il a obtenu, l’année suivante, un prix prestigieux : le « Somerset Maugham award ». Seulement voilà : son dernier roman, « The Horn Fellow », publié en 1987, a reçu un accueil plutôt froid. D’où le relatif silence dans lequel l’écrivain s’est enfermé depuis. Un silence qui, du reste, correspond peut-être à sa nature secrète.

 

Une épreuve: la pension

A l’âge de sept ans, en effet, il a dû aller en pension, une expérience extrêmement pénible pour le petit garçon. « J’étais bon élève et bon en sports, confie-t-il, mais je crois que cette séparation forcée avec ma famille a développé en moi une vie intérieure très intense, un monde que je n’ai jamais voulu partager avec quelqu’un d’autre. » Cette difficulté à vivre en société, Dominic Cooper l’éprouve encore un peu plus tard lorsqu’il va fréquente l’université d’Oxford. Incapable de supporter la pression de la vie étudiante, il mène une vie de reclus et tombe malade. Finalement, renvoyé d’Oxford, il quitte la Grande-Bretagne et voyage en Europe, notamment en Islande et en Suède, avant de se fixer sur l’île de Mull, sur la côte ouest de l’Ecosse. C’est là qu’il commence à écrire « Le coeur de l’hiver ». Mais, malgré le succès de son livre, il se rend compte que la littérature ne lui permettra jamais de vivre.

 

Poète avant tout

En 1973, il passe donc un an à Edinbourg où il apprend le métier d’horloger, qu’il exerce toujours. A côté de sa maison de bois, recouverte d’un toit de gazon, il possède un petit atelier où il répare aussi bien les montres que les vieilles horloges. Aujourd’hui, l’écrivain se consacre essentiellement à la poésie, le genre qu’il a pratiqué quand il s’est lancé dans la littérature : « Par nature, je me sens d’abord et avant tout poète », précise-t-il. « Mais pour moi, la poésie a toujours été une affaire tout à fait personnelle et je n’ai jamais vraiment éprouvé le besoin de la publier.» Rêver devant les horizons lointains, écouter de la musique, parcourir à pied les collines qui entourent son domicile écossais, nager dans la mer froide, sans oublier la bonne chère et les bons vins, tels sont, depuis maintenant plusieurs années, les ingrédients essentiels de la vie quotidienne de Dominic Cooper. Pour autant, la sélection de son tout premier roman pour le Prix des Lecteurs du Télégramme est loin de le laisser indifférent : « Cette nouvelle vague d’intérêt pour mon livre est tout simplement extraordinaire et merveilleuse pour moi », confie-t-il. A tel point qu’il n’exclut pas, devant l’accueil qui a été réservé à la traduction française du « Coeur de l’hiver » - trente ans après sa parution en anglais - de se remettre à écrire.

 

Yves Loisel - Le Télégramme - 31/03/2007

Prix des lecteurs. Le marchand de passé (2/3)

Ces dernières semaines, c’est elle qui a été la bande-son du crépuscule. Je connais les paroles par cœur.

            Rien ne passe, rien n’expire
            Le passé est
            Un fleuve qui dort
            Et la mémoire un mensonge
            Aux mille formes.

            Dorment les eaux du fleuve
            Et en mon sein dorment les jours
            Dorment
            Dorment les blessures
            Les agonies,
            Dorment.

            Rien ne passe, rien n’expire
            Le passé est
            Un fleuve endormi
            Il semble mort, c’est à peine s’il respire
            Réveillez-le, et il bondira
            Dans un grand cri.

medium_marchand_de_passes.3.jpgFélix a attendu que s’éteignent, en même temps que la lumière, les dernières notes du piano. Ensuite, presque sans faire de bruit, il a tourné l’un des canapés de façon à se trouver face à la fenêtre. Enfin il s’est assis. Il a allongé ses jambes avec un soupir :
- Popilas ! Bon sang ! Alors, Votre Bassesse rit ? C’est une nouvelle extraordinaire…
Il m’a semblé abattu. Il a approché son visage et j’ai vu ses pupilles injectées de sang. Son souffle m’a enveloppé. Une chaleur aigre.

(Extrait de Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa)

30.03.2007

Prix des lecteurs. Le marchand de passés (1/3)

medium_marchand_de_passes.2.jpgUn petit dieu nocturne

Je suis né dans cette maison et j’y ai grandi. Je n’en suis jamais sorti. Lorsque vient le soir j’appuie mon corps contre le cristal des fenêtres et je contemple le ciel. J’aime voir les flammes hautes, les nuages au galop et, au-dessus, les anges, des légions d’anges, qui secouent les étincelles de leur chevelure, en agitant leurs grandes ailes en flammes. C’est toujours le même spectacle. Tous les soirs, pourtant, je viens jusqu’ici, et je m’amuse et je m’émeus comme si je le voyais pour la première fois. La semaine dernière, Félix Ventura est arrivé plus tôt et m’a surpris à rire pendant que, là dehors, dans l’azur agité, un énorme nuage courait en rond, comme un chien, tentant d’éteindre le feu qui lui embrasait la queue.
- Ah, c’est incroyable ! Tu ris ?
L’étonnement de cette créature m’a irrité. J’ai eu peur mais je n’ai pas bougé un muscle. L’albinos a ôté ses lunettes noires, les a rangées dans la poche intérieure de sa veste puis il l’a quittée, lentement, mélancoliquement, et accrochée avec soin sur le dossier d’une chaise. Il a choisi un disque de vinyle et l’a placé sur le vieil électrophone. Berceuse pour un fleuve, de Dora la Cigale, une chanteuse brésilienne qui, je pense, a connu quelque notoriété dans les années 70. Ce qui m’amène à le supposer, c’est la pochette du disque. C’est le dessin d’une femme en bikini, noire, jolie, avec de larges ailes de papillon attachées dans le dos. « Dora, la Cigale – Berceuse pour un fleuve-, le grand succès du moment ». Sa voix brûle dans l’air.

(Extrait de Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa)

La bibliothèque de Loctudy prépare le Prix des lecteurs du Télégramme

Une dizaine de lectrices se sont retrouvées, mardi en fin d'après-midi, dans les locaux provisoires de la bibliothèque, à la Maison des associations, afin de préparer la mise en place du Prix des lecteurs du Télégramme qui se déroule jusqu'au mois de juin. Pour la responsable, Maryse Chaffron, « cette manifestation est l'occasion pour la bibliothèque, dans l'attente du bibliobus, de renouer avec ses lecteurs en proposant le prêt des livres de la sélection ». Pour toutes les personnes intéressées, une seconde rencontre d'information et d'échanges est prévue le 3 avril, à 17 h 30, à la Maison des associations.

Comment participer

Pour le prêt des livres en compétition pour le Prix des lecteurs du Télégramme, il faut s'adresser à la bibliothèque jeunesse, rue de Poulpeye, le mercredi de 10 h à 12 h et de 15 h à 18 h, et le samedi de 10 h à 12 h, ou téléphoner au 02.98.87.98.58.

29.03.2007

L'Asphodèle partenaire du Grand Prix des lecteurs

La bibliothèque de Roscanvel participe au Prix des Lecteurs du Télégramme, cinquième édition, qui se déroule du 17 mars au 8 juin. Pour participer, il suffit de s'inscrire (bulletins disponibles à la bibliothèque) avant le 15 mai. Après l'inscription, un bulletin de participation permet de voter pour ses trois livres préférés. La date limite des votes est fixée au 8 juin. Seule obligation : lire au moins cinq ouvrages. L'auteur récompensé recevra un chèque de 10.000 € et 30 lecteurs seront tirés au sort. Pendant un an, ils recevront, chaque mois, un « chèque-lire » de 15 € (de juillet 2007 à juin 2008). La bibliothèque a acheté les dix ouvrages et les propose aux lecteurs et participants. Conditions de prêt : un livre par personne pendant une semaine maximum, afin de favoriser l'accès à tous.

Prix des lecteurs. La vie de bureau (3/3)

medium_laviebureau.2.jpgIl était environ dix heures, et l’événement m’a surpris en ce que, d’habitude, la vie était silencieuse au cabinet Chalay-Woolmark, spécialisé en conseil aux entreprises, droit des affaires, audits financiers, gestion du capital. Il pouvait s’agir aussi bien de réparation ponctuelle, comme une dent qu’on arrache, que de travaux plus importants, ou peut-être, me dis-je, qu’ils commencent à démolir le vieux bâtiment, celui où je travaillais, suite à la visite des architectes de Novurbex la semaine précédente. Quoi qu’il en soit, c’était intenable. S’engouffrant par la fenêtre ouverte, les vibrations me résonnaient directement dans le crâne, j’avais l’impression qu’elles le fissuraient. L’air semblait se recroqueviller sous le choc de ces secousses douloureusement tassées qui se répétaient sans pause. L’ouvrier, un jeune Noir en bleu de chauffe coiffé d’une casquette orange, ressemblait lui-même à un mannequin agité de trépidations furieuses. Délimitant le carré de pavés qu’il dégageait ensuite, il tressautait au rythme de l’outil. Je descendais du troisième étage, où je m’étais rendu pour consulter Louis Dégrumeaux, le chef de service, et, me postant devant l’œil-de-bœuf du deuxième étage, j’ai regardé un instant l’ouvrier avec compassion, tout en le maudissant. Comment protester ? Il travaillait, bien sûr, ce n’était pas sa faute.
Je me suis remis en route. Et j’atteignais le palier du premier, celui où se trouvait mon bureau, quand elle a surgi. Je l’ai vue au bout du couloir, prête à se diriger vers l’escalier que je finissais de descendre, apparition soudaine au fond de ce boyau haut de plafond qu’assombrissait la faiblesse des néons, aux parois humides en hiver, dont les lattes du plancher se soulevaient par endroits, au risque de faire trébucher les clients, long corridor que j’avais parcouru tant de fois depuis tant d’années sans qu’aucun incident mémorable ne survienne.
J’ai immédiatement décidé de lui barrer la route. Dans ma jeunesse, et même dix ans plus tôt, jamais je n’aurais osé, ce genre de conduite m’a toujours indigné.

(Extrait de la Vie de bureau de Michel Delacomptée)

Hervé Bellec a dédicacé son dernier livre au Réveil Matin

Vendredi 23 mars, Hervé Bellec est venu dédicacer son dernier livre « Demain j'arrête d'écrire » au Réveil Matin en collaboration avec la librairie de la cité et les éditions Coop-Breizh.

Ce titre est une boutade, « c'est un serment d'ivrogne ou plutôt, pour être dans l'actualité, un serment d'homme politique, un de ceux qu'on ne tient pas, souligne Hervé Bellec ; le prochain s'appellera peut-être : j'ai changé d'avis. En tout cas c'est un pied de nez à toutes les choses que l'on veut nous interdire : ne plus boire, maintenant ne plus fumer. Cet ouvrage est un livre de portraits, de lieux, des impressions que je ressens, c'est un exercice d'écriture " une compil ". Il y a quelques pages sur Landerneau, en particulier la petite sirène de la rue du Chanoine-Kerbrat ».

Adaptation d'un conte

Une école primaire de Gif-sur-Yvette, en région parisienne, a adapté en pièce de théâtre le conte « Yann et le petit menhir qui voulait devenir phare » que Hervé Bellec a écrit avec l'illustrateur Patrick Abgrall. « La dernière semaine de mars, je vais rencontrer les enfants qui ont travaillé avec un metteur en scène pour écrire cette pièce. Ce sera certainement émouvant de voir tous ces enfants des banlieues se prendre pour un petit pêcheur breton ». Un autre ouvrage d'Hervé Bellec, « Un bon dieu pour les ivrognes », est en lice pour le cinquième Prix des lecteurs du Télégramme. Vendredi, il fallait faire la queue pour avoir droit à la dédicace de l'auteur.

28.03.2007

Prix des lecteurs. La vie de bureau (2/3)

medium_laviebureau.jpgIl n’empêche : dès que j’enfourchais mon cheval de bataille, les rires fusaient, j’entendais des phrases du genre « Tiens, ça le reprend », comme si j’étais un animal de foire. Il y a pourtant des gens sensibles aux odeurs, celle de la fumée de cigarette par exemple, et personne n’y trouve à redire. C’est même de n’être pas gêné par la fumée qui surprend. Ou sensibles à l’odeur des aisselles dans le métro bondé vers dix-huit heures, surtout s’il fait chaud : on comprend ceux qui s’en plaignent, on opine, on est d’accord. Personne ne viendrait vous dire : « Quoi, vous avez horreur des odeurs d’aisselles dans le métro quand il fait chaud ! ». Personnellement, ces effluves ne me dérangeaient pas trop, ni les cigarettes, ni les vapeurs d’essence, ni même la pestilence des égouts, ni les émanations soufrées qui sortent des cheminées d’usines. A la rigueur, on se bouche le nez et voilà tout. Il y a également des gens sensibles à la misère. Voir un indigent les émeut. Je comprenais ça, tout le monde le comprend, il ne viendrait à l’esprit de personne de se récrier : « Comment, la vue des pauvres vous bouleverse, mais c’est loufoque ! ». Il y a bien des gens sensibles au pollen, à la lumière vive, aux changements de température, aux modes, au mal de dos, à la bêtise, à tout ce qu’on voudra. Mais sensible au vacarme, on s’en étonne. On se gausse, on vous condamne.
C’est stupéfiant.
Il va de soi que, dès le début, ma farouche détestation du bruit aurait dû catégoriquement me détourner de Gloria. Si je ne l’ai pas rejetée, si j’ai même fait tout le contraire, c’est qu’elle possédait un charme supérieur à mes réflexes. Ce lundi-là, un ouvrier dépavait au marteau-piqueur un petit bout de la cour, à droite de mon bureau.

(Extrait de la Vie de bureau de Michel Delacomptée)

Prix des lecteurs. Les coulisses de "Lorraine connection"

medium_lorraine_connection.5.jpgLORRAINE CONNECTION 

Par Dominique Manotti, Rivages Thriller, 208 pages, 18 ¤.

 

A l’usine Daewoo de Pondange, dans une Lorraine déjà sinistrée par la fermeture des hauts-fourneaux, une ouvrière travaillant à la soudure de tubes cathodiques est grièvement blessée par électrocution. Un accident sur lequel vient se greffer une affaire de primes non payées. Aussitôt le ton monte dans les ateliers : grève, occupation des locaux, séquestration des cadres de l’entreprise… Les employés parviennent à se saisir d’un ordinateur et ont la surprise de constater que des comptes ont été ouverts dans une banque luxembourgeoise au nom de plusieurs d’entre eux… Dans quel but ? Pendant ce temps, chez Alcatel, à Paris, l’effervescence est à son comble : Thomson vient, en effet, avec le feu vert du gouvernement, d’être rachetée par Matra. Mais Alcatel ne l’entend pas de cette oreille et décide de contre-attaquer. Par quels moyens ? Charles Montoya, un ancien de la DST, devenu enquêteur privé et travaillant pour les compagnies d’assurances, est chargé de voir si Daewoo Pondange, alliée à Matra, n’aurait pas joué un rôle dans ce rachat. Se faisant passer pour un journaliste de l’Agence France Presse, Montoya se rend donc à Pondange pour interroger des témoins. Une enquête qui laissera plusieurs morts sur le carreau et qui débouchera rapidement sur un constat : l’usine coréenne Daewoo, qui a d’ailleurs mystérieusement brûlé entre-temps et dont le directeur est discrètement parti en Pologne, n’était qu’un décor et les employés y jouaient une pièce sans la comprendre. Elle cachait, en fait, des détournements de fonds européens qui permettaient de verser des « commissions » aux plus hauts personnages de l’Etat impliqués dans la vente de Thomson. Un thriller politicoéconomique, qui met au jour un incroyable imbroglio d’intérêts, de trafics et de corruptions.

Y.L.  

27.03.2007

Prix des lecteurs. La vie de bureau (1/3)

medium_La_vie_de_bureau.2.jpgObsession, disaient-ils, hantise névrotique ! C’était leur rengaine. Admettons. Mais j’aurais apprécié qu’on m’explique en quoi j’exagérais. Pas d’esclandres, pas d’empoignades, jamais de désordre. Si d’aventure j’intervenais, c’était toujours poliment. Moi, sortir le fusil pour tirer sur des jeunes à mobylette qui pétaradent la nuit au bas de mon immeuble, défoncer la porte du voisin dont la radio m’abrutit, injurier le pianiste du dessus qui répète ses gammes, ou étouffer le bébé de la concierge dont les hurlements m’empêchent de dormir, je comprenais ces envies, j’avais même quelquefois du mal à me contenir. Pour autant, pas question de se laisser aller. Je me tenais à mille lieues de ces forcenés qui perdent tout contrôle. Je détestais le bruit, sans le moindre doute, je l’avais en horreur et ne m’en cachais pas. Mais j’étais loin de tout mélanger. Je savais le distinguer des sonorités normales, légitimes. Chez moi, rien de fanatique : j’en excluais de bon cœur le chant des oiseaux, le vent dans les arbres, le crépitement de la pluie sur les vitres, le grondement de la mer, les cris d’enfants dans les cours d’écoles, la sonnette des vélos, les voix joyeuses au marché, les cloches des églises, un camion qui passe, tout ce qui relève de la douceur de vivre ou d’un fracas fugace. Hantise névrotique ! L’affirmation manquait de sérieux.

(Extrait de La Vie de bureau de Michel Delacomptée)

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