20.04.2007

Prix des lecteurs. Rencontre avec Dominique Manotti à Brest

Une rencontre avec Dominique Manotti, auteur de Lorraine Connection, aura lieu le Samedi 21 avril à 15h00 à la Bibliothèque Neptune de Brest.

Bibliothèque Neptune de Brest
16, rue Traverse

19.04.2007

Prix des lecteurs. Rencontre avec Dominique Manotti à Quimperlé

Dans le cadre du Prix des lecteurs du Télégramme, Soazig Le Bail anime une rencontre avec Dominique Manotti le vendredi 20 avril à 18 heures à la bibliothèque municipale de Quimperlé.

Bibliothèque Municipale de Quimperlé
18 place Saint-Michel

17.04.2007

Rencontre avec Dominique Manotti le 19 avril

Une rencontre avec Dominique Manotti, auteur de Lorraine Connection, aura lieu le Jeudi 19 avril à 20h30 à la Bibliothèque municipale de Saint-Brieuc.

10.04.2007

Lorraine connection (3/3)

medium_lorraine_connection.4.jpgAïcha se précipite. Rolande s’agenouille, les cheveux d’Emilienne traînent sur le gerflex noirci, crevé, pas nettoyé depuis quand ? Elle en éprouve de la honte, enlève sa blouse, la glisse sous la tête de la blessée, morte peut-être, en tout cas, je ne la vois pas respirer. Elle se penche, tente un bouche-à-bouche, perçoit un souffle. Avec un geste tendre, elle déboutonne le col de la chemise, dégage les jambes coincées dans la chaise basculée. Une trace de brûlé sur le siège. Les filles se sont toutes levées, regards fixes, lèvres closes, appuyées contre les parois de tôle, le plus loin possible d’Emilienne. A quoi tu pensais tout à l’heure ? La peur ? Elle est là en son royaume. Réjane, la voisine de chaîne d’Emilienne, la voie chevrotante, les mains tremblantes, murmure :
- Il faudrait peut-être faire un massage cardiaque.
- Tu sais faire ?
- Non.
- Moi non plus.
L’une lui claque le visage, le tamponne avec un linge humide, l’autre lui masse les mains en pleurant.

Antoine Maréchal, en blouse bleue, les lunettes sur le nez, jongle avec les plannings et les feuilles de présence, dans le bureau du personnel. C’est le contremaître du secteur montage-finition-emballage, et c’est chaque jour un tour de force d’essayer de maintenir la production sur les chaînes avec un taux d’absentéisme qui tourne toujours entre 10 et 20 %. Plus de 20 % aujourd’hui, en ce début d’automne. Quelle merde, tous ces bougnoules et ces bonnes femmes. Le travail, savent pas ce que c’est. Le Directeur des ressources humaines, en personne, entre dans le bureau, la petite trentaine, en costard bien coupé, chaussures fines, cuir italien, gommeux incapable et sûr de lui, tout juste sorti de chez papa maman. Maréchal, la cinquantaine lourde, dans sa blouse et ses chaussures de sécurité, frissonne de haine contenue.
- Monsieur Maréchal, ça tombe bien, je voulais vous voir. Les dernières statistiques nous donnent pour votre secteur un taux d’absentéisme de 13 % sur le dernier mois…
- Je sais, je suis en train de m’en occuper.
- C’est le taux le plus élevé de l’usine. Si vous ne parvenez pas à rectifier le tir, à terme, vous mettez en péril la survie de toute l’entreprise.
Maréchal enlève ses lunettes, claque les branches, les met dans la poche de sa blouse, à côté du Bic rouge et du Bic bleu, s’appuie des deux mains sur le bureau, qui grince.
     - Ecoutez, Monsieur le Directeur des ressources humaines, vous, vous venez d’arriver, moi, je suis ici depuis le jour de l’ouverture de cette usine, et il ne s’est pas passé un mois sans qu’on soit menacé par la direction de la fermeture de l’usine. A croire qu’elle n’a été ouverte que pour être fermée.      

09.04.2007

Lorraine connection (2/3)

medium_lorraine_connection.3.jpgLes bruits du grand hall de l’usine arrivent aux filles de façon très assourdie, mais ceux du convoyeur claquent entre les tôles, et rythment leur vie. Clac, le convoyeur se met en marche, chuintement, deux secondes, les tubes avancent, clac, arrêt, chaque fille se penche, grésillement des fers, un, deux, trois, quatre points, dix secondes, les bustes se redressent, Rolande en bout de chaîne, vérifie d’un coup d’œil que les soudures sont correctes. Clac, chuuu, le tapis avance, tête vide, les mains et les yeux travaillent seuls, clac, un, deux, trois, quatre, coup d’œil, clac, chuuu, le visage d’Aïcha entre deux tubes, petite mine, vingt ans, devrait aller mieux, clac, un, t’allais mieux toi à vingt ans, deux, enceinte, plaquée, trois, mère alcoolique, violente, quatre, qui vivait déjà à tes crochets, coup d’œil, clac, chuu. Aïcha les yeux vides, père violent, clac, un, mon fils, les mains dans les cheveux, deux, sur le visage, tendre, trois, jamais l’usine, jamais, quatre, apprends, apprends, coup d’œil, clac
chuuu, Aïcha, le travail, supporte, plus, clac, un, depuis l’accident, deux, l’accident, le sang, trois, le sang partout, quatre, le coup tranché, coup d’œil, clac, chuuu. Aïcha, couverte de sang, clac, un, elle a peur, deux, moi aussi, trois, toutes, peur, quatre, la peur vibre dans les tôles, clac, chuuu.  Aïcha, son père qui hurle, clac, un, éclair éblouissant, jusqu’aux néons, sur la ligne d’en face, une barre grille, un hurlement très bref, brisé à son paroxysme, à crever le tympan, Emilienne a basculé d’un bloc à la renverse, la paume de la main de Rolande part toute seule enfoncer le bouton de sécurité, la chaîne s’arrête, un fil brûle jusqu’à la rampe de néon, flammèches jaune orangé, et très forte odeur de caoutchouc cramé, de caoutchouc ou d’autre chose, à vomir. Silence. Rolande grimpe sur une chaise, enjambe le convoyeur entre deux tubes. Emilienne est allongée par terre sur le dos, livide, raide, les yeux clos et les lèvres bleues. Enceinte de six mois. Son ventre pointe à travers la blouse qu’elle n’avait pas boutonnée complètement. Une sonnerie se déclenche quelque part, de l’autre côté des cloisons. Dans le silence total de la petite pièce, Rolande parle bas, d’une voix blanche, précise : « Aïcha, cours, dans les bureaux, le premier téléphone, appelle le SAMU, les pompiers. Cours, vite ».

08.04.2007

Lorraine connection (1/3)

medium_lorraine_connection.2.jpgUne pièce confinée entre quatre parois de tôle grise, traversée de part en part par un convoyeur sur lequel reposent deux rangées d’écrans de télévision et leurs lampes, sous la lumière blanche de rampes de néons, d’où pendant ici et là des fils électriques. Deux lignes de quatre filles se font face, de part et d’autre du convoyeur. Il fait très frais, on va vers l’automne, et quand elles ont pris leur poste, ce matin, il faisait encore nuit. Aussi, bien que toutes les filles se connaissent et se sentent presque intimes dans ce lieu clos, où l’on travaille quasiment en équipe, cadences et primes collectives, personne n’a envie de parler, car aller vers les nuits longues et les jours courts rend plutôt cafardeux.
Les filles, grises aussi dans leurs blouses courtes, assises le buste penché en avant, les bras tendus, les yeux braqués alternativement sur la forme oblongue et agressive des culs de lampes qui défilent devant elles, et sur les miroirs d’acier poli, inclinés au-dessus de la chaîne, qui leur renvoient interminablement les mêmes images des mêmes lampes sous un autre angle, et comme agrandies, écrasantes. Un très fin fer à souder en main, elles effectuent les derniers points de soudure puis, à la sortie de leur chaînes, les tubes cathodiques achevés sont convoyés à l’atelier suivant, derrière la paroi de tôle, où ils seront emballés, pour être ensuite stockés, puis expédiés ailleurs, en Pologne, le plus souvent, où ils recevront une carrosserie en plastique et deviendront des téléviseurs.

28.03.2007

Prix des lecteurs. Les coulisses de "Lorraine connection"

medium_lorraine_connection.5.jpgLORRAINE CONNECTION 

Par Dominique Manotti, Rivages Thriller, 208 pages, 18 ¤.

 

A l’usine Daewoo de Pondange, dans une Lorraine déjà sinistrée par la fermeture des hauts-fourneaux, une ouvrière travaillant à la soudure de tubes cathodiques est grièvement blessée par électrocution. Un accident sur lequel vient se greffer une affaire de primes non payées. Aussitôt le ton monte dans les ateliers : grève, occupation des locaux, séquestration des cadres de l’entreprise… Les employés parviennent à se saisir d’un ordinateur et ont la surprise de constater que des comptes ont été ouverts dans une banque luxembourgeoise au nom de plusieurs d’entre eux… Dans quel but ? Pendant ce temps, chez Alcatel, à Paris, l’effervescence est à son comble : Thomson vient, en effet, avec le feu vert du gouvernement, d’être rachetée par Matra. Mais Alcatel ne l’entend pas de cette oreille et décide de contre-attaquer. Par quels moyens ? Charles Montoya, un ancien de la DST, devenu enquêteur privé et travaillant pour les compagnies d’assurances, est chargé de voir si Daewoo Pondange, alliée à Matra, n’aurait pas joué un rôle dans ce rachat. Se faisant passer pour un journaliste de l’Agence France Presse, Montoya se rend donc à Pondange pour interroger des témoins. Une enquête qui laissera plusieurs morts sur le carreau et qui débouchera rapidement sur un constat : l’usine coréenne Daewoo, qui a d’ailleurs mystérieusement brûlé entre-temps et dont le directeur est discrètement parti en Pologne, n’était qu’un décor et les employés y jouaient une pièce sans la comprendre. Elle cachait, en fait, des détournements de fonds européens qui permettaient de verser des « commissions » aux plus hauts personnages de l’Etat impliqués dans la vente de Thomson. Un thriller politicoéconomique, qui met au jour un incroyable imbroglio d’intérêts, de trafics et de corruptions.

Y.L.  

26.03.2007

Dominique Manotti et le roman socio-économique

medium_manotti.jpgAncienne syndicaliste revenue de tout, Dominique Manotti a une formation d’historienne. Voilà une quinzaine d’années, alors qu’elle terminait sa carrière d’enseignante, elle a commencé à écrire des romans qui tiennent à la fois du polar et du roman socio-économique.

Ne dîtes surtout pas à Dominique Manotti qu’elle écrit des « thrillers », elle s’empresse de corriger immédiatement : « Est-ce que j’écris des "thrillers" ? Je n’en suis pas persuadée (...). J’ai le sentiment d’écrire du roman noir, pas du "thriller". » A ce jour, en plus de « Lorraine connection », elle a signé quatre ouvrages : « Sombres sentiers », sur les ateliers clandestins de confection à Paris, « A nos chevaux », qui dénonçait la spéculation immobilière et les milieux hippiques, « Kop », où elle épinglait les magouilles du foot, et « Nos fantastiques années fric », dans lequel elle tirait à vue sur les affaires politico-financières des années Mitterrand. Une militante passionnée C’est d’ailleurs de cette périodelà qu’est née sa vocation d’écrivain. « J’ai commencé à écrire par désespoir, confie-t-elle. J’ai vécu les années Mitterrand comme la destruction de la gauche française, de ses idéaux, de ses projets, de la possibilité même de son existence. » Dieu sait, pourtant, que Dominique Manotti a cru aux « lendemains qui chantent » ! Dans les années 60 - elle avait alors une vingtaine d’années -, alors qu’elle est en faculté d’histoire contemporaine à Paris, elle adhère à l’Union des étudiants communistes. Puis, à partir de 1968, elle milite comme syndicaliste CFDT, a même des responsabilités importantes et participe aux luttes ouvrières des années 70. Mais arrivent la période 1981-1984 : en désaccord avec les rapports qu’entretiennent syndicats et pouvoir en place, elle quitte progressivement le mouvement syndical et se recentre sur l’enseignement de l’histoire économique du XIXe siècle. Un domaine qui n’est pas tellement éloigné de ses préoccupations : « La Révolution industrielle est la naissance de notre monde actuel », fait-elle remarquer. Curieusement, quand elle avait 12-13 ans, Dominique Manotti avait le projet d’étudier l’archéologie et de déchiffrer les cunéiformes crétois ! « J’étais fascinée par le fait de ressusciter des pans d’histoire humaine engloutie », explique l’écrivain. Un projet que les circonstances ont mis de côté mais qui trouve, cependant, un écho dans les romans que Dominique Manotti écrit depuis une douzaine d’années. Une solide documentation Pour chaque livre, en effet, elle effectue un important travail souterrain, se documente énormément en lisant des ouvrages sur le sujet et en consultant des journaux, rencontre des témoins ayant vécu les événements qu’elle veut décrire. Un travail qui lui prend six mois, pendant lesquels elle n’écrit pas une ligne. Ensuite, elle construit son histoire « comme une mécanique la plus précise possible ». Ainsi naissent ses romans noirs qui, assure- t-elle, « correspondent mieux au regard que je porte sur notre monde: un regard désespéré, avec une attention particulière portée aux marges noires de la société, sous ses apparences ordonnées et apaisées. »

Yves Loisel

Le site internet de Dominique Manotti : http://www.dominiquemanotti.com

14.03.2007

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