14.05.2007
JE VIENS DE TUER MA FEMME
Par Emmanuel Pons, éditions Arléa, 160 pages, 14 ¤.
Hasard des titres. Voilà quelques années, Claire Fourier lançait, menaçante: « Je vais tuer mon mari» (Bartillat, 1998) ; Emmanuel Pons, lui, nous annonce froidement: « Je viens de tuer ma femme » ! La différence, c’est que l’héroïne de Claire Fourier s’en est tenue aux intentions, alors que le narrateur de ce premier roman - qui porte le même nom que l’auteur - est passé à l’acte ! Il est même devenu, au fil de ses visites chez ses voisins, un tueur en série... C’est ce qu’il explique, avec lucidité et cynisme, dans ce récit macabre et insensé, qui s’étend sur sept jours et qui a pour cadre un petit village de Seine-Maritime, Oherville. Que le lecteur ne s’attende pas, pour autant, à des descriptions bucoliques de la campagne normande: tout se passe dans l’esprit complètement détraqué du héros, qui ne cesse de monologuer ou, suivant les circonstances, de s’adresser à sa femme, Sylvie, qu’il vient de supprimer et de placer dans le congélateur de la buanderie en attendant mieux. « Je confie à Sylvie mon angoisse. J’aimerais tellement qu’elle me soutienne ! M’a-t-elle seulement compris une fois, Peut-être. L’ai-je assez regardée pour voir si elle me comprenait ? » D’après Emmanuel, Sylvie l’accablait de reproches, de remontrances, de critiques. En fait, une insatisfaction profonde perturbait leurs relations. Peut-être parce qu’ils n’avaient pas eu d’enfant… Ce sont tous ces souvenirs, ces occasions manquées qu’Emmanuel Pons ressasse et rumine dans un tourbillon que l’auteur a rendu avec une grande maîtrise de style et un humour noir, grinçant, dérangeant. Mais à travers les cris du héros, ses déchirements, les horreurs qu’il peut proférer, on sent aussi un élan, un grand besoin d’écoute et - le croira-t-on ? - de la tendresse, une chaleur que n’avait jamais pu exprimer ce mari dont le coeur étouffait.
Y.L.
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13.05.2007
Emmanuel Pons. Vous avez dit "bizarre" ?
La venue d’Emmanuel Pons à la librairie Dialogues, à la mi-avril, a suscité des commentaires pour le moins divers. Manifestement, le peintre-écrivain a laissé des traces dans les mémoires. Ses recherches spirituelles, sa façon d’envisager la vie ou l’éducation des enfants fait dire qu’il est « très, très bizarre. Chez Dialogues, tout le monde se regardait… C’est quelqu’un de très spécial »… Quant à son livre, chacun s’accorde pour penser qu’il a « un humour particulier, mais qu’en fin de compte, c’est une histoire d’amour. »
Par contre, les détails parfois un peu morbides ont incité certaines lectrices à laisser de côté certains passages !
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12.05.2007
Emmanuel Pons. Le don de la création
Auteur de chansons, de poèmes, artiste peintre, aujourd’hui écrivain… Emmanuel Pons semble être un touche-à-tout. De génie ? Rendez-vous dans quelques années… En tout cas, l’homme a le don de la création dans le sang.
Interviewer Emmanuel Pons n’est pas forcément une sinécure. Les réponses fusent, courtes, lapidaires même, paradoxales. Manifestement, il n’y a rien de conventionnel chez lui. Qui est-il donc ? Quand on relit ce qu’il a bien voulu nous confier, on sent qu’avant tout, on a affaire à un homme libre et créatif. Emmanuel Pons a pourtant suivi une scolarité qu’il qualifie luimême de « normale » au célèbre collège Stanislas, à Paris. Tout se gâte un peu ensuite. Vu ses capacités, il aurait dû intégrer une grande école, mais de son propre aveu, « ça me gonflait ». Une franchise qu’il complète en affirmant : « Je n’aimais pas l’école, je n’aimais pas apprendre. » Un temps, pourtant, il est devenu chef de pub dans une agence, mais - encore une fois - « ça me gonflait », et, de toute façon, il s’est fait renvoyer : on lui a fait comprendre qu’il avait trop d’idées !
Pas de hiérarchie ni d’horaire
C’est à 23 ans - en 1991 - qu’il trouve sa voie : immobilisé, le bas de la jambe dans le plâtre à la suite d’un match de foot, il se demande comment meubler les quatre semaines qu’il a devant lui. Une idée lui vient : terminer la peinture qu’il avait commencée… quand il avait sept ans ! Ainsi va la vie. Il continue à peindre et expose ses toiles dans le cabinet médical de sa mère: succès ! Il poursuit sur sa lancée, expose ses oeuvres, travaille comme un professionnel accompli. Aujourd’hui, Emmanuel Pons vit de sa peinture, ce qui est conforme à l’idéal de vie qu’il souhaitait : « Je voulais être libre, c’est-à-dire ne dépendre de personne, ne pas avoir d’autorité au-dessus de moi, pas de hiérarchie, pas d’horaire. » Comment en est-il arrivé à la littérature et à son premier roman,
« Je viens de tuer ma femme » ? Il faut d’abord préciser que l’écriture ne lui était pas inconnue : avant la peinture, il avait tâté de la poésie, de la chanson, sans avoir rien appris des techniques et sans grand succès non plus, il est vrai. Et puis, durant l’été 2005, se trouvant un peu désoeuvré, l’idée lui vient, à la suite d’une conversation avec sa compagne sur la mort et les faire-part de deuil qu’il faut envoyer dans ces circonstances, de se lancer dans un roman. « Je pense trop que la mort est naturelle : il ne faut pas en faire tout un plat. J’ai un rapport à la vie qui est très détaché. »
Une question d’énergie
Ainsi le roman trouve-t-il son point de départ. Emmanuel Pons se jette dans le travail et rédige son livre d’un seul jet, en un mois, sans élaborer de plan. Chaque matin, installé devant son ordinateur, il se demandait comment il allait continuer l’histoire. « Mon principe élémentaire : ne pas contraindre ». Fidèle à sa façon de vivre et de travailler, Emmanuel Pons laisse donc filer son imagination : « Il y a l’énergie qui est là, explique-t-il. J’ouvre le robinet et l’énergie sort. Je n’ai jamais travaillé dans la volonté. » En tout cas, l’auteur a des projets. Il a même d’autres livres tout prêts à être publiés : une pièce de théâtre empreinte de spiritualité zen, qu’il a écrite en un mois également, et deux autres romans. Actuellement, il prépare « un ouvrage de développement (très) personnel, spirituel en fait », précise- t-il.
Yves Loisel
14:10 Ecrit par dans Emmanuel Pons, Je viens de tuer ma femme, Littérature, Portraits | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Emmanuel Pons, Prix des lecteurs du Télégramme
17.04.2007
Prix des lecteurs. Rencontre avec Emmanuel Pons à Brest
La Librairie Dialogues à Brest organise une rencontre avec Emmanuel Pons le mercredi 18 avril à 18 heures.
08:30 Ecrit par dans Emmanuel Pons, Littérature, Rencontres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Prix des lecteurs du Télégramme, Brest
17.03.2007
Prix des lecteurs. Je viens de tuer ma femme (3/3)
Il m’a consacré trois heures pour m’expliquer le principe des moulins et les difficultés que les meuniers avaient rencontrées il y a quatre siècles, pour donner à la Durdent la force qui lui faisait défaut. Il leur a fallu créer des bras de contournement, creuser le lit pour faire « plonger » la rivière avant la roue, et ramener l’eau, calme, dans son lit.
Monsieur Derangon produit lui-même son courant. Il revend même son excédent à EDF. Il a conçu et réalisé seul son installation. C’est normal, ce n’est pas très éloigné de son métier : il fabrique des machines à fabriquer des machines. Il devrait être à la retraite depuis longtemps, mais il ne se résout pas à vendre son entreprise, pas plus qu’à la fermer. Il l’a créée il y a quarante ans et continue d’y travailler six jours sur sept. C’est un passionné de mécanique. Il a photographié toutes ses machines. Un soir, il m’a montré ses clichés. Ma femme m’attendait pour dîner. Je suis rentré à dix heures, elle n’avait pas mangé. Je lui ai expliqué comment notre four avait été assemblé. Elle n’a rien dit. Elle ne s’intéressait pas beaucoup aux choses de la vie courante.
Monsieur Derangon… En voilà un qui mérite bien de savoir que j’ai tué ma femme. Ça me fait tout drôle de me dire « J’ai tué ma femme » ; ça sonne tellement roman noir ou mauvais film. C’est si commun dans les fictions. Alors qu’en vrai, c’est fort, c’est puissant.
(extrait de "Je viens de tuer ma femme" d'Emmanuel Pons)
09:00 Ecrit par dans Emmanuel Pons, Extraits, Je viens de tuer ma femme, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Emmanuel Pons, Je viens de tuer ma femme, littérature, prix des lecteurs
16.03.2007
Prix des lecteurs. Je viens de tuer ma femme (2/3)
Je pourrais lui détailler mon histoire, mais il ne me raconte jamais rien. Il ne m’aime pas. Je pourrais me rendre aux gendarmes devant ses magazines et faire de lui « le dernier confident » pour Paris-Match, « Celui qui savait » pour VSD. Il aurait le 20 heures et toutes les radios. Il ne le mérite pas. Je préfère offrir à quelqu’un que j’apprécie. Quelqu’un de mon village, d’Oherville.
Mais qui ?
Voilà une bonne question… Je vais marcher jusqu’à Héricourt. C’est à trois kilomètres. Ça me laisse le temps de réfléchir. Et de compter les sauts de truites dans la Durdent. C’est mon passe-temps favori. Guetter la truite, parier sur un saut, ça me détend.
*
* *
J’aime ce moulin. Je passe devant tous les jours en voiture ou à vélo. Je le regarde chaque fois avec le même plaisir. Il a été restauré de la roue au grenier, comme tous ceux qui bordent la Durdent. On peut lire « 1575 » au-dessus d’une fenêtre. C’est l’année de l’achèvement de la première partie. Il est immense : quatre étages, près de cinq cents mètres carrés. Je l’ai visité avec son propriétaire, Monsieur Derangon, un homme adorable.
(extrait de "Je viens de tuer ma femme" d'Emmanuel Pons)
09:00 Ecrit par dans Emmanuel Pons, Extraits, Je viens de tuer ma femme, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Emmanuel Pons, Je viens de tuer ma femme, littérature, prix des lecteurs
15.03.2007
Je viens de tuer ma femme (1/3)
PREMIER JOUR
Je viens de tuer ma femme. Ce qui m’ennuie, c’est les faire-part. Je dois absolument les écrire avant d’aller à la gendarmerie. Evidemment, je n’ai plus de timbres. Je lui avais pourtant demandé d’en acheter. En prévision. Je vais devoir m’habituer à faire les choses moi-même. Au moins aujourd’hui. Demain, le juge s’occupera de tout. Je n’aurai plus à penser. Je serai libre. Le marchand de journaux est à Héricourt, juste avant la gendarmerie. C’est lui qui vend les timbres. Il a aussi des jouets, des bonbons, du tabac, des fournitures scolaires, des DVD, du petit matériel de bureau et même un photocopieur. Sans concurrence dans un rayon de trente kilomètres, il est inévitable. C’est un confesseur indiscret qui colporte les rumeurs ou les crée. Les clients médisent devant sa caisse. Il adore ça. Il sait tout sur tout le monde avant les autres. Sauf pour ma femme.
(extrait de "Je viens de tuer ma femme" d'Emmanuel Pons)
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14.03.2007
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07:30 Ecrit par dans David Serge, Dominic Cooper, Dominique Manotti, Emmanuel Pons, Erik Orsenna, Hervé Bellec, Jean-Michel Delacomptée, Jérôme Tonnerre, José Eduardo Agualusa, Littérature, Ron Barkaï | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : auteurs, écrivains, prix des lecteurs du Télégramme














