02.05.2007

CHANGEMENT DE DATE : La rencontre avec Erik Orsenna à Morlaix jeudi 3 mai est reportée au mardi 22 mai

La rencontre avec Erik Orsenna prévue à 12h le jeudi 3 mai à Morlaix (au siège de la Brit Air) est reportée au mardi 22 mai, également à 12h à Brit Air.

20.04.2007

VOYAGE AUX PAYS DU COTON

Par Erik Orsenna, éditions Fayard, 300 pages, 20 ¤.

 

«Le coton est le porc de la botanique », affirme Erik Orsenna dans son introduction. «Chez lui, tout est bon à prendre» : les fibres, les graines, et même les résidus, utilisés par l’industrie pétrochimique. Pour se rendre compte de ce que représente ce marché mondial, l’académicien s’est donc rendu dans différents pays où l’on cultive, achète, commercialise ou transforme cette plante qui constitue, dans certains cas, un véritable « or blanc ». Ce grand reportage, au ton vigoureux et incisif, entraîne donc le lecteur au Mali, aux États-Unis, au Brésil, en Ouzbékistan, en Égypte, en Chine et dans les Vosges. Autant de pays, autant de pratiques, de points de vue et… d’intérêts divers, voire divergents ! C’est ce que met en lumière Erik Orsenna à travers les rencontres et les observations qu’il a pu faire au cours de son voyage. Le constat, au final, fait plutôt froid dans le dos. Le Brésil, où une «mer blanche» a pris possession du coeur du pays, et les États-Unis, où l’on ne semble pas s’embarrasser de principes, apparaissent ainsi comme de véritables rouleaux compresseurs. La Banque mondiale et les lobbies de l’industrie cotonnière affichent une puissance et une arrogance terrifiantes, tandis que la recherche et la technologie sont poussées toujours plus loin. «La botanique en est encore à ses balbutiements », confie ainsi à l’écrivain un savant américain de réputation mondiale. À côté de ces mastodontes, l’Europe semble bien vieille et la France des trente-cinq heures tout à fait dépassée. «En France, vous ne travaillez pas assez. Donc vous préparez mal l’avenir de vos enfants », affirme, par ailleurs, sans ambages, un Chinois à Orsenna. Bref, ce « petit précis de mondialisation » montre, de façon éclatante, que « ce qu’on appelle "coton" est de moins en moins un cadeau de la nature. C’est une création permanente », qui fait encore vivre des centaines de millions de personnes dans le monde.

Y.L   

Erik Orsenna. A facettes multiples

Économiste, écrivain, académicien, voyageur, breton par toutes ses fibres, Erik Orsenna multiplie les activités et les facettes. Une manière, pour lui, de poursuivre sa quête essentielle : se donner des clés pour comprendre le monde.

Ses amis, paraît-il, l’appellent Tintin ! Un surnom qui n’est pas usurpé : comme le héros d’Hergé, Erik Orsenna est un vrai globe-trotter, curieux de tout, qui, à ce jour, s’est rendu dans quelque quatre-vingts pays. À 60 ans, à l’âge où d’autres songent à la retraite, lui s’écrie, avec un enthousiasme de jeune homme : « Je ne sais pas ne rien faire ». De fait, le travail ne lui a jamais fait peur. Pendant onze ans, après la Sorbonne, Sciences Po et la London School of Economics, il enseigne l’économie. Au début des années 80, il fréquente les ministères et même l’Élysée de Mitterrand. En 1985, il entre au Conseil d’État, dont il est en disponibilité depuis sept ans. Puis en mai 1998, il est élu à l’Académie française au fauteuil de... Jacques- Yves Cousteau, un fameux globetrotter, lui aussi ! Voilà pour la vie publique d’Erik Orsenna.

Une discipline de fer

Sa vie privée, intime presque, celle de l’écrivain, il la mène d’une main de fer tôt le matin. Levé tous les jours à 5 h 30, il consacre deux ou trois heures à l’écriture. Une discipline qui a porté ses fruits - près de vingt ouvrages publiés à ce jour, dont « L’Exposition coloniale », prix Goncourt 1988 - et qui correspond au projet qu’il avait conçu dès ses dix ans : devenir écrivain. C’est à sa mère qu’Erik Orsenna doit sa passion pour les livres, qui restent ses meilleurs souvenirs d’enfance. Quand il était petit, elle lui racontait très souvent des histoires. « Il y a deux personnes envers qui j’ai une dette immense : ma mère, qui m’a donné le goût de l’écriture et de la langue française ; et mon père pour Bréhat et le bateau. » Enfant, en effet, le petit Erik passait toutes ses vacances sur l’île de Bréhat. « J’ai appris à naviguer avec mon père sur son île. Les journées étaient ponctuées par les grandes marées, la pêche, les régates, les changements du paysage, d’heure en heure. »

« Je suis, corps et âme, breton »

Pas étonnant, dans ces conditions, que la page d’accueil de son site internet représente un archipel où figurent, comme autant de liens, des renvois à ses derniers livres et à ses différentes activités. « Cela correspond à mon mode de vie, explique l’écrivain. Je n’aime pas l’unité, j’aime les fenêtres. » Aujourd’hui, Erik Orsenna a déserté son île favorite et possède une maison non loin de Paimpol. « J’ai tout Bréhat en face de moi ! », s’exclame-t-il. C’est là qu’il vient passer deux mois chaque été, « avec interdiction absolue de quitter la Bretagne ! J’ai des amis très proches à Brest et à Douarnenez. À Quimper, j’ai des liens familiaux, à La Trinité, j’ai des liens maritimes. Je vais aussi à Saint-Malo. Je suis corps et âme breton. »

Yves Loisel

Site d’Erik Orsenna : http://www.erik-orsenna.com   

07.04.2007

Voyage au pays du coton (3/3)

medium_Voyage_au_pays_du_coton.4.jpgAux soirs de récolte, on croise dans la campagne d’innombrables carrioles tirées par des ânes. Elles viennent jusqu’à l’entrée du village déverser leur cargaison sur une étendue plate et soigneusement balayée.
Et la nuit tombe sur les petits tas de flocons blancs.
Le lendemain, c’est la fête lorsqu’arrive le camion de la société cotonnière. On pèse le trésor, ballot par ballot. On calcule. Un chiffre est annoncé. Le représentant de la société sort de sa poche une grosse liasse de billets. Il compte. Les visage s’éclairent. C’est en riant et en chantant qu’on jette le coton dans la benne.
Cette tristesse, l’ai-je inventée, que j’ai cru lire dans les yeux des anciens lorsque le camion, sous les vivats des plus jeunes, s’en est allé vers l’usine ?
Autrefois, le coton cueilli demeurait au village et c’est au village qu’on le tissait et teignait.
Aujourd’hui, à peine cueilli, il disparaît. Et ne réapparaîtra sous forme de tee-shirt qu’après un très lointain voyage.
Alors, certains jours, les femmes du village revêtent leurs plus cinglants boubous, s’assoient sur des nattes devant la case principale et renouent avec la plus ancienne des traditions. Une à une, elles étalent sur une planche les petites boules de coton à peine sorties de leurs cocons bruns de feuilles séchées. Elles passent et repassent un rouleau de fer pour retirer les graines… 

06.04.2007

Voyage au pays du coton (2/3)

medium_Voyage_au_pays_du_coton.3.jpgCette attirance pour le coton a de très vieilles racines chez les Dogons. Le vieux chasseur aveugle Ogotemmêli nous parle :

« Le jour venu, à la lumière du soleil, le septième génie expectora quatre-vingts fils de coton qu’il répartit entre ses dents supérieures utilisées comme celles d’un peigne de métier à tisser.(…) Il fit de même avec les dents inférieures pour constituer le plan des fils pairs. En ouvrant et refermant les mâchoires, le génie imprimait à la chaîne les mouvements que lui imposent les lices du métiers. (…)
Tandis que les fils se croisaient et se décroisaient, les deux points de la langue-fourche du génie poussaient alternativement le fil de la trame (…).
Le génie parlait. (…) Il octroyait son verbe au travers d’une technique, afin qu’il fût à la portée des hommes. Il montrait ainsi l’identité des gestes matériels et des forces spirituelles, ou plutôt la nécessité de leur coopération.
Le génie déclamait et ses paroles (…) étaient tissées dans les fils (…). Elles étaient le tissu lui-même et le tissu était le verbe. Et c’est pourquoi « étoffe » se dit soy, ce qui signifie aussi :  « C’est la parole ».
 

05.04.2007

Voyage au pays du coton (1/3)

medium_Voyage_au_pays_du_coton.2.jpgLe mot soy

Le peuple Dogon habite au cœur de l’Afrique de l’Ouest, non loin de l’endroit mythique où le fleuve Bani se jette dans le fleuve Niger. De ce pays, Bandiagara est la capitale. Bandiagara veut dire « cuvette où viennent boire les éléphants ». Lesquels s’en sont allés, mais le nom est demeuré.
Les Dogons sont célèbres pour leurs masques géométriques et gigantesques, pour leurs greniers pointus accrochés à la pente escarpée d’une falaise. Et pour leur cosmogonie, l’une des plus riches, drôles, complexes et poétiques jamais inventées par des êtres humains. Il y est question de termitières-clitoris, de jumeaux fondateurs, d’un cheval incestueux, d’un septième génie, connaisseur parfait du verbe, d’un maître forgeron un peu maudit, d’un crochet à nuages, d’une fourmi très préoccupée de sexe, et de bien d’autres personnages, dont le coton (1).
Les Dogons vivent du tourisme et de la culture des oignons, deux activités qui ne suffisent pas toujours à vaincre la faim.
C’est ainsi que, vers le milieu des années 1970, une dizaine de familles abandonnèrent leur falaise et se mirent en route vers le sud. Les terres qui leur furent offertes non loin de la frontière du Burkina Faso se révélèrent moins bonnes encore pour les céréales que celles qu’ils avaient quittées. Mais le coton y poussait.
Averties de cette bonne nouvelle, d’autres familles arrivèrent pour constituer aujourd’hui un gros bourg riche d’environ six cents âmes. Il fallait lui trouver un nom. Pour les raisons que l’on devine, Bandiagara-2 recueillit tous les suffrages.

14.03.2007

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