09.05.2007

Rencontre avec Jean-Michel Delacomptée à Plomeur

Vendredi 11 mai à 20h00, les lecteurs pourront rencontrer Jean-Michel Delacomptée, auteur de La vie de bureau, au Manoir de Kerazan à Plomeur / Loctudy.

Renseignements au 02 98 87 98 57

29.03.2007

Prix des lecteurs. La vie de bureau (3/3)

medium_laviebureau.2.jpgIl était environ dix heures, et l’événement m’a surpris en ce que, d’habitude, la vie était silencieuse au cabinet Chalay-Woolmark, spécialisé en conseil aux entreprises, droit des affaires, audits financiers, gestion du capital. Il pouvait s’agir aussi bien de réparation ponctuelle, comme une dent qu’on arrache, que de travaux plus importants, ou peut-être, me dis-je, qu’ils commencent à démolir le vieux bâtiment, celui où je travaillais, suite à la visite des architectes de Novurbex la semaine précédente. Quoi qu’il en soit, c’était intenable. S’engouffrant par la fenêtre ouverte, les vibrations me résonnaient directement dans le crâne, j’avais l’impression qu’elles le fissuraient. L’air semblait se recroqueviller sous le choc de ces secousses douloureusement tassées qui se répétaient sans pause. L’ouvrier, un jeune Noir en bleu de chauffe coiffé d’une casquette orange, ressemblait lui-même à un mannequin agité de trépidations furieuses. Délimitant le carré de pavés qu’il dégageait ensuite, il tressautait au rythme de l’outil. Je descendais du troisième étage, où je m’étais rendu pour consulter Louis Dégrumeaux, le chef de service, et, me postant devant l’œil-de-bœuf du deuxième étage, j’ai regardé un instant l’ouvrier avec compassion, tout en le maudissant. Comment protester ? Il travaillait, bien sûr, ce n’était pas sa faute.
Je me suis remis en route. Et j’atteignais le palier du premier, celui où se trouvait mon bureau, quand elle a surgi. Je l’ai vue au bout du couloir, prête à se diriger vers l’escalier que je finissais de descendre, apparition soudaine au fond de ce boyau haut de plafond qu’assombrissait la faiblesse des néons, aux parois humides en hiver, dont les lattes du plancher se soulevaient par endroits, au risque de faire trébucher les clients, long corridor que j’avais parcouru tant de fois depuis tant d’années sans qu’aucun incident mémorable ne survienne.
J’ai immédiatement décidé de lui barrer la route. Dans ma jeunesse, et même dix ans plus tôt, jamais je n’aurais osé, ce genre de conduite m’a toujours indigné.

(Extrait de la Vie de bureau de Michel Delacomptée)

28.03.2007

Prix des lecteurs. La vie de bureau (2/3)

medium_laviebureau.jpgIl n’empêche : dès que j’enfourchais mon cheval de bataille, les rires fusaient, j’entendais des phrases du genre « Tiens, ça le reprend », comme si j’étais un animal de foire. Il y a pourtant des gens sensibles aux odeurs, celle de la fumée de cigarette par exemple, et personne n’y trouve à redire. C’est même de n’être pas gêné par la fumée qui surprend. Ou sensibles à l’odeur des aisselles dans le métro bondé vers dix-huit heures, surtout s’il fait chaud : on comprend ceux qui s’en plaignent, on opine, on est d’accord. Personne ne viendrait vous dire : « Quoi, vous avez horreur des odeurs d’aisselles dans le métro quand il fait chaud ! ». Personnellement, ces effluves ne me dérangeaient pas trop, ni les cigarettes, ni les vapeurs d’essence, ni même la pestilence des égouts, ni les émanations soufrées qui sortent des cheminées d’usines. A la rigueur, on se bouche le nez et voilà tout. Il y a également des gens sensibles à la misère. Voir un indigent les émeut. Je comprenais ça, tout le monde le comprend, il ne viendrait à l’esprit de personne de se récrier : « Comment, la vue des pauvres vous bouleverse, mais c’est loufoque ! ». Il y a bien des gens sensibles au pollen, à la lumière vive, aux changements de température, aux modes, au mal de dos, à la bêtise, à tout ce qu’on voudra. Mais sensible au vacarme, on s’en étonne. On se gausse, on vous condamne.
C’est stupéfiant.
Il va de soi que, dès le début, ma farouche détestation du bruit aurait dû catégoriquement me détourner de Gloria. Si je ne l’ai pas rejetée, si j’ai même fait tout le contraire, c’est qu’elle possédait un charme supérieur à mes réflexes. Ce lundi-là, un ouvrier dépavait au marteau-piqueur un petit bout de la cour, à droite de mon bureau.

(Extrait de la Vie de bureau de Michel Delacomptée)

27.03.2007

Prix des lecteurs. La vie de bureau (1/3)

medium_La_vie_de_bureau.2.jpgObsession, disaient-ils, hantise névrotique ! C’était leur rengaine. Admettons. Mais j’aurais apprécié qu’on m’explique en quoi j’exagérais. Pas d’esclandres, pas d’empoignades, jamais de désordre. Si d’aventure j’intervenais, c’était toujours poliment. Moi, sortir le fusil pour tirer sur des jeunes à mobylette qui pétaradent la nuit au bas de mon immeuble, défoncer la porte du voisin dont la radio m’abrutit, injurier le pianiste du dessus qui répète ses gammes, ou étouffer le bébé de la concierge dont les hurlements m’empêchent de dormir, je comprenais ces envies, j’avais même quelquefois du mal à me contenir. Pour autant, pas question de se laisser aller. Je me tenais à mille lieues de ces forcenés qui perdent tout contrôle. Je détestais le bruit, sans le moindre doute, je l’avais en horreur et ne m’en cachais pas. Mais j’étais loin de tout mélanger. Je savais le distinguer des sonorités normales, légitimes. Chez moi, rien de fanatique : j’en excluais de bon cœur le chant des oiseaux, le vent dans les arbres, le crépitement de la pluie sur les vitres, le grondement de la mer, les cris d’enfants dans les cours d’écoles, la sonnette des vélos, les voix joyeuses au marché, les cloches des églises, un camion qui passe, tout ce qui relève de la douceur de vivre ou d’un fracas fugace. Hantise névrotique ! L’affirmation manquait de sérieux.

(Extrait de La Vie de bureau de Michel Delacomptée)

14.03.2007

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