28.06.2007

JTWEB : interview de Jérôme Tonnerre le 22 juin à Morlaix

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30.04.2007

Prix des lecteurs. La mère à la mer

medium_L_atlantique_sud.5.jpgL’ATLANTIQUE SUD
Par Jérôme Tonnerre, éditions Grasset, 280 pages, 16,90 ¤.

« Partir, c’est mourir un peu, mais mourir, c’est partir beaucoup ». Quand on lit cette citation d’Alphonse Allais, placée en épigraphe, on se dit que ce roman ne doit pas engendrer la mélancolie ! De fait, malgré le sujet, Jérôme Tonnerre, qui est à la fois l’auteur et le héros de cette aventure, sait provoquer le sourire et le rire. Avant de mourir, en 1991, sa mère, Anna Tonnerre, avait exprimé le voeu que ses cendres soient dispersées dans l’Atlantique Sud. Un souhait qui pose un sérieux cas de conscience au fils, qui a la phobie des voyages ! « A la valise, il avait préféré le cercueil », écrit ainsi Jérôme, avec cet humour - noir, un peu macabre parfois - qui ne le quitte pas tout au long de ce livre. Mais, en bon fils consciencieux, il cherche à respecter le voeu d’Anna. Il se met donc à chercher : où exactement dans l’Atlantique Sud faut-il disperser les cendres maternelles ? Et surtout, pourquoi dans cette zone ? Son enquête va l’emmener très loin dans l’histoire de sa famille et dans les relations que sa mère entretenait avec son frère, sa soeur et son mari. On découvre ainsi une famille extrêmement complexe - à 32 ans, Jérôme lui-même continue de consulter le pédiatre de son enfance ! -, aux rapports parfois difficiles. À une époque, Anna avait même disparu pendant deux mois du domicile familial. A son retour, elle avait commencé à déprimer et à boire. Pourquoi ? Avec qui était-elle partie ? C’est ce qu’apprendra Jérôme lors de son enquête. Une enquête au terme de laquelle il se trouvera libéré : en larguant ses cendres du haut d’un hélicoptère au large de l’île d’Yeu, il brisera les liens avec sa mère, et il découvrira, en même temps, l’amour auprès d’une jeune femme avec qui il se sent prêt à partir en voyage ! Au total, Jérôme Tonnerre a écrit là un roman riche, plein de malice, de verve aussi, ponctué de trouvailles verbales, et d’une autodérision très drôle.

Y.L.

29.04.2007

Jérôme Tonnerre. « L’Atlantique Sud »

Scénariste reconnu, auteur (ou co-auteur) de près de trente films (« Un coeur en hiver », « Chouans », « Le Bossu »…), Jérôme Tonnerre a une autre belle corde à son arc : la littérature. Et les deux livres autobiographiques qu’il a publiés sont loin d’être passés inaperçus.

 

Est-ce parce qu’il a vécu une enfance qu’il qualifie lui-même de « solitaire et mélancolique » ? Toujours est-il que, depuis ses dix-neuf ans, Jérôme Tonnerre ne cesse de raconter des histoires. Pour lui ou pour les autres. Tout commence par le cinéma, évidemment. Passionné par le Septième art dès sa jeunesse, il a quinze ans quand il fait la connaissance de François Truffaut, qui enracine sa vocation en lui conseillant de devenir scénariste. C’était en 1974. Dès lors, l’adolescent sait pertinemment que sa vie se déroulera dans le monde du cinéma, ce qui avait le don « de faire ricaner ma mère », souligne-t-il. Mais les remarques maternelles n’y font rien : son fils persiste et signe… ses premiers articles dans la presse spécialisée, avant même d’avoir atteint ses vingt ans. Quant à sa relation avec François Truffaut, elle s’approfondira à un point tel qu’en 1976, Jérôme Tonnerre lui confiera : « Vous êtes pour moi comme un père ».

 

Un travail collectif

Puis, quelques années plus tard, tout en écrivant des ouvrages sur le cinéma, il devient scénariste et va travailler avec Claude Lelouch, Claude Sautet, Philippe de Broca, Yves Robert… Un travail effectué en étroite collaboration avec les metteurs en scène. « Un scénario est, avant tout, "parlé" », explique Jérôme Tonnerre. « On se raconte, on joue les scènes avant de les rédiger (…). Le cinéma est un art collectif », insiste-t-il. « Un livre, me semble-t-il, c’est le contraire : pour commencer, on l’écrit soi, et pour soi ». Mais quelle joie aussi pour ce scénariste de publier son premier livre, « Le petit voisin » (*), dans lequel il raconte sa rencontre avec François Truffaut. Car, non seulement son récit est bien accueilli par la critique et le public, mais, pour la première fois, il reçoit du courrier, ce qui ne lui était jamais arrivé pour ses films ! Et puis il a le sentiment d’avoir osé, enfin, prendre la parole à titre personnel, d’avoir franchi un pas énorme. « Pour autant, s’empresse- t-il d’ajouter, je ne me suis pas cru tenu de pondre mon oeuf annuellement et d’encombrer les rayonnages ».

 

En immersion totale dans sa chambre

Il a donc attendu sept ans avant de se mettre à un autre récit autobiographique, « L’Atlantique sud ». Pour écrire ce livre, il a profité d’une période où il ne travaillait pas sur un scénario. « Je me suis dit : "C’est maintenant ou jamais" ». Pas question, en effet, pour Jérôme Tonnerre de mélanger les genres et de mener de front plusieurs projets. « Lorsque j’écris un film ou un livre, je ne peux et ne veux que faire cela, en immersion totale. Je m’astreins donc à une discipline rigoureuse : jusqu’à l’achèvement du texte, je reste des journées entières dans la chambre sous les toits qui me sert de bureau. »

Yves Loisel

 

(*) Disponible dans la collection Folio.