24.05.2007
Prix des lecteurs. Rencontre avec Agualusa à Lanester
La rencontre avec José Eduardo Agualusa, auteur de Marchand de passés, se tiendra le vendredi 25 mai à 20 heures à Bibliothèque municipale (Rue Jean-Paul Sartre) de Lanester (56)
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Rencontre avec José Eduardo Agualusa à Saint-Avé
La rencontre avec José Eduardo Agualusa, auteur de Marchand de passés, se tiendra le jeudi 24 mai à 18 heures à Bibliothèque municipale (1 rue des Droits de l'Homme) de Saint-Avé (56)
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01.04.2007
Prix des lecteurs. La marchand de passés (3/3)
- Affreuse peau que la vôtre. Nous devons être de la même famille.
Je m’y attendais. Si j’avais pu parler, j’aurais été grossier. Mon appareil vocal, cependant, ne me permet que de rire. Alors, j’ai tenté de lui jeter à la figure un éclat de rire féroce, un bruit qui puisse l’effrayer, l’éloigner de là, mais je n’ai pu émettre qu’un faible gargouillis. Jusqu’à la semaine dernière, l’albinos m’a toujours ignoré. Depuis ce moment-là, depuis qu’il m’a entendu rire, il arrive plus tôt. Il va à la cuisine, revient avec un verre de jus de papaye, s’assoit sur le canapé et partage avec moi la fête du couchant. Nous faisons la conversation. Ou plutôt, il parle, et moi j’écoute. Parfois je ris et cela lui suffit. Je crois que déjà un fil d’amitié nous lie. Les samedis soir, pas tous, l’albinos arrive en tenant une fille par la main. Ce sont des filles sveltes, grandes et flexibles, aux jambes d’échassier. Certaines entrent craintivement, s’assoient au bord d’une chaise, en évitant de le regarder en face, incapables de dissimuler leur répulsion. Elles prennent un rafraîchissement, à petites gorgées, et ensuite elles se déshabillent en silence et l’attendent allongées sur le dos, les bras croisés sur leurs seins. D’autres, plus hardies, s’aventurent seules dans la maison, évaluant l’éclat de l’argenterie, la qualité des meubles, mais elles reviennent vite au salon, effarouchées par les piles de livres dans les chambres et les couloirs, et surtout par le regard sévère des messieurs en haut-de-forme et monocle, le regard moqueur des bessanganas, ces bourgeoises traditionnelles de Luanda et de Benguela, le regard ébahi des officiers de marine portugais dans leur uniforme d’apparat, le regard halluciné d’un prince congolais du XIXe siècle, le regard de défi d’un célèbre écrivain noir américain, qui posent tous pour l’éternité au milieu de cadres dorés. Elles cherchent un disque sur les rayonnages, …
(Extrait de Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa)
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31.03.2007
Prix des lecteurs. Le marchand de passé (2/3)
Ces dernières semaines, c’est elle qui a été la bande-son du crépuscule. Je connais les paroles par cœur.
Rien ne passe, rien n’expire
Le passé est
Un fleuve qui dort
Et la mémoire un mensonge
Aux mille formes.
Dorment les eaux du fleuve
Et en mon sein dorment les jours
Dorment
Dorment les blessures
Les agonies,
Dorment.
Rien ne passe, rien n’expire
Le passé est
Un fleuve endormi
Il semble mort, c’est à peine s’il respire
Réveillez-le, et il bondira
Dans un grand cri.
Félix a attendu que s’éteignent, en même temps que la lumière, les dernières notes du piano. Ensuite, presque sans faire de bruit, il a tourné l’un des canapés de façon à se trouver face à la fenêtre. Enfin il s’est assis. Il a allongé ses jambes avec un soupir :
- Popilas ! Bon sang ! Alors, Votre Bassesse rit ? C’est une nouvelle extraordinaire…
Il m’a semblé abattu. Il a approché son visage et j’ai vu ses pupilles injectées de sang. Son souffle m’a enveloppé. Une chaleur aigre.
(Extrait de Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa)
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30.03.2007
Prix des lecteurs. Le marchand de passés (1/3)
Un petit dieu nocturne
Je suis né dans cette maison et j’y ai grandi. Je n’en suis jamais sorti. Lorsque vient le soir j’appuie mon corps contre le cristal des fenêtres et je contemple le ciel. J’aime voir les flammes hautes, les nuages au galop et, au-dessus, les anges, des légions d’anges, qui secouent les étincelles de leur chevelure, en agitant leurs grandes ailes en flammes. C’est toujours le même spectacle. Tous les soirs, pourtant, je viens jusqu’ici, et je m’amuse et je m’émeus comme si je le voyais pour la première fois. La semaine dernière, Félix Ventura est arrivé plus tôt et m’a surpris à rire pendant que, là dehors, dans l’azur agité, un énorme nuage courait en rond, comme un chien, tentant d’éteindre le feu qui lui embrasait la queue.
- Ah, c’est incroyable ! Tu ris ?
L’étonnement de cette créature m’a irrité. J’ai eu peur mais je n’ai pas bougé un muscle. L’albinos a ôté ses lunettes noires, les a rangées dans la poche intérieure de sa veste puis il l’a quittée, lentement, mélancoliquement, et accrochée avec soin sur le dossier d’une chaise. Il a choisi un disque de vinyle et l’a placé sur le vieil électrophone. Berceuse pour un fleuve, de Dora la Cigale, une chanteuse brésilienne qui, je pense, a connu quelque notoriété dans les années 70. Ce qui m’amène à le supposer, c’est la pochette du disque. C’est le dessin d’une femme en bikini, noire, jolie, avec de larges ailes de papillon attachées dans le dos. « Dora, la Cigale – Berceuse pour un fleuve-, le grand succès du moment ». Sa voix brûle dans l’air.
(Extrait de Le Marchand de passés de José Eduardo Agualusa)
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14.03.2007
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07:30 Ecrit par dans David Serge, Dominic Cooper, Dominique Manotti, Emmanuel Pons, Erik Orsenna, Hervé Bellec, Jean-Michel Delacomptée, Jérôme Tonnerre, José Eduardo Agualusa, Littérature, Ron Barkaï | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : auteurs, écrivains, prix des lecteurs du Télégramme














