21.05.2007

Rencontre avec Ron Barkaï à Brest

Une rencontre avec Ron Barkaï, auteur de Comme un film égyptien, se tiendra le mercredi 23 mai à la Librairie Dialogues à Brest.

04.04.2007

Comme un film égyptien (3/3)

medium_film_egyptien.5.jpgCar en cette heure de grâce, il faut laisser le temps s’étirer. C’est d’ailleurs pourquoi, si je dois être à huit heures au bureau, je mets mon « tracteur » (c’est le nom que j’ai donné à mon réveille-matin), à cinq heures et demie, ce qui me permet de ne pas devoir me lever tout de suite : ma main gauche appuie sur le bouton qui stoppe la sonnerie tandis que la droite cherche dans la pénombre mon paquet de cigarettes. La première cigarette du matin. Tu dois en profiter lentement, dans ton lit, inspirer profondément la fumée, la retenir longuement dans tes poumons puis la souffler encore plus longuement. Mes yeux errent dans la pièce, suivent les volutes bleutées qui montent dans les rayons de lumière projetés par le réverbère de la rue et s’élèvent de plus en plus haut, jusqu’à atteindre le plafond et envelopper l’ampoule accrochée au milieu. A chaque expiration, l’agréable odeur de tabac brûlé envahit encore un peu plus la pièce, une odeur aussi dense que l’encens : certains ne la supportent pas et la qualifient même de puanteur. Lorsque j’entends ces inepties, je me souviens qu’en Egypte on disait toujours : si quelqu’un n’a pas l’habitude de l’encens, c’est qu’il a le cul en feu ! Cette cigarette, celle que j’appelle la cigarette du lever, a un goût particulier. Aucune autre, que ce soit pendant la journée ou la nuit, ne peut rivaliser avec elle.
Et moi, je la fume jusqu’à ce qu’elle me brûle et me jaunisse les doigts. Ce n’est qu’ensuite que je me lève doucement, prêt à m’adonner au pieux travail qui m’attend : faire bouillir du café noir bien corsé avec beaucoup de kaymak* dans mon finjan*. Ensuite, je vais m’asseoir devant la fenêtre ouverte de la cuisine.

03.04.2007

Comme un film égyptien (2/3)

medium_film_egyptien.4.jpgCertains disent : « C’est le matin, au boulot ! ». Moi, je m’étonne que l’on puisse se tromper à ce point… car rien ne vaut le matin pour se reposer, justement. Je n’ai jamais compris les gens qui sautent du lit et se jettent sur leur labeur quotidien sans s’octroyer ne serait-ce qu’une minute de tranquillité et de plaisir. Ils avancent à tâtons, yeux encore fermés, jusqu’à la salle de bains, se brossent les dents, se passent rapidement le rasoir sur le visage, se raclent les joues, se coupent sous le nez, lâchent un juron, courent dans la cuisine, avalent une ou deux gorgées d’un café qui a eu le temps de refroidir et courent au travail. Je les vois tous les jours, ces victimes des matinées précipitées. Ils dorment dans le bus, somnolent ensuite au bureau, piquent du nez sur leurs dossiers et, à la pause déjeuner au restaurant du Roumain, regardent leur plat avec indifférence, en rêvant de se remettre au lit.
Le visage des gens témoigne de ce qu’ils sont : les agités chroniques collent simplement un morceau du journal du matin sur leurs coupures encore saignantes ; les autres ont fait un peu plus d’efforts, si bien que l’on peut voir sur leurs joues des restes de coton taché de rouge. Mais les uns comme les autres ne regardent le monde qu’avec des yeux hagards et maudissent le moment du lever. Ces gens-là ne comprennent pas la profonde sagesse du proverbe arabe qui dit : « Al-agla min a-shaytan », la précipitation vient de Sata

02.04.2007

Comme un film égyptien (1/3)

medium_film_egyptien.3.jpgA la mémoire de ma soeur, Mira Shahar

Matin
Sabah al-Yasmine ! Cette bénédiction par laquelle ma mère venait nous réveiller quand nous habitions encore au Caire m’accompagne depuis que je me connais.
« Un matin de jasmin ! », lance-t-elle tandis que l’obscurité fonce encore la fenêtre de la piè ce où je dors avec mon frère et mes trois sœurs. Elle ouvre en grand le rideau bariolé qui sert de séparation entre notre chambre et celle d’où montent les ronflements du Turc, mon père, puis s’approche prudemment, pour ne pas nous marcher dessus. Vêtue de noir, avec à la main un bouquet de branches de jasmin piquées de petites fleurs blanches, elle effleure délicatement nos épaules, afin de s’assurer que nous sommes réveillés puis agite les branches qui répandent leur forte odeur sucrée dans l’air rance autour de nous.
Tous les matins, lorsque j’ouvre lentement des yeux qui aiment à retrouver cette pâle lumière de l’aube, je la revois, elle, Rachel, ou plutôt site Rachel, comme l’appelaient nos voisins arabes. Sa frêle silhouette se dresse devant moi au moment où j’écarte les narines pour humer la fraîcheur de la rosée, et c’est avec un réel plaisir que je me murmure à moi-même :
« Bénis sois-tu, haShem, Roi de l’univers, qui donne au coq le discernement entre le jour et la nuit ».
Le matin est le moment que je préfère entre tous. La journée ne m’apporte qu’agitation, désagréments et douleurs physiques. La nuit, c’est pire, car la souffrance, décuplée par l’obscurité, se focalise dans ma tête et l’enserre comme la pince d’un forgeron qui maintient le fer chauffé à blanc. Le matin, en revanche, est une heure d’espoir, de silence et de calme. Voilà pourquoi je l’apprécie tout particulièrement, et plus j’avance en âge, plus mes matinées s’allongent. J’ai beau être déjà marqué par le temps, j’ai beau ressentir, d’année en année, une fatigue de plus en plus pesante, tout mon corps a beau implorer une demi-heure de sommeil ou au moins de somnolence en plus, je me lève toujours tôt, comme au Caire. Toujours avant le jour.

14.03.2007

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